Maman sans arachides

Carole-Ann Paul
Publié : il y a 3 semaines

Je me rappelle, c'était en 1997, j'avais 8 ans; je suis devenue la bête de cirque de mon école primaire. On m'a découvert une allergie sévère aux arachides quand j'ai arrêté de respirer parce qu'un garçon mangeait un sandwich au beurre de peanut dans la cafétéria.

Bin oui, l'odeur. Ça fait qu'à partir de ce moment-là, si je dînais à l'école, je mangeais à l'extérieur de la cafétéria, avec un ami de mon choix. Tout le monde voulait être mon ami. Et dans ma classe en particulier, c'était maintenant interdit d'emmener des noix pour collation. Là, au contraire, ça se battait pas bin bin pour être mon ami.

Tout de suite, je me suis sentie isolée, un peu comme en punition. Je n'avais personne pour me comprendre : dans les années 90, j'étais pas mal toute seule (presque) d'allergique à mon école. Drôle de penser ça, alors que maintenant il y a souvent au moins un enfant allergique dans chaque classe. Toujours est-il que ma relation à la nourriture a drastiquement changé. Parce que je n'étais pas seulement allergique aux arachides et toutes les noix, mais aussi au sésame, aux agrumes, aux melons, au maïs, à la dinde... La liste ne finissait plus!

Chaque souper en famille, fête d'amis, sortie, collation était un casse-tête et source d'angoisse pour moi et mon entourage. J'avais l'impression d'être un boulet pour tout le monde, de vraiment compliquer la vie des gens. Il faut dire que les options "sans trace de noix" n'étaient pas nombreuses à l'époque. Aux fêtes d'amis, je mangeais une pomme, le coeur un peu serré, pendant que tout le monde dégustait le gâteau. Y avait de quoi se sentir rejet. J'avais donc beaucoup de culpabilité en lien avec le fait de manger. J'ai rapidement développé des réactions émotives face à la nourriture. Soit je mangeais comme s'il n'y avait pas de lendemain, soit je ne mangeais rien. Je me gâtais ou je me punissais, en gros. L'équilibre n'avait pas sa place dans mon assiette. Ce fut un cheminement de presque 15 ans, et encore..

Maintenant, je suis maman de deux bébés qui n'ont pas d'allergies connues (en espérant que ça reste ainsi), et je commence à me demander comment je vais aborder le sujet de mes allergies avec eux, comment je vais faire pour ne pas me sentir coupable de ne pas leur donner des toasts au beurre de peanut le matin tsé. Mais aussi, comment je vais faire pour ne pas angoisser disons à l'idée que l'un d'eux mange de quoi chez un ami et oublie de se laver les mains, par exemple, puis me touche ou touche un ustensile.. On fait quoi, concrètement dans ce temps-là? Seul le temps me le dira, j'imagine.

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À propos de Carole-Ann Paul
Sexologue de formation, rédactrice par passion et maman par vocation, Carole-Ann est une véritable touche-à-tout qui adore vivre et raconter ses expériences. Parler bouffe? Pourquoi pas!

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