C'est moi le boss

Publié dans: Chroniques
Bastien Poulain
Publié : il y a 2 semaines

C’est qui le boss? C’est Céline Dion, et c’est moi aussi. Remarquez que ça peut être vous également. Pourquoi pas.

Suffit de le vouloir. Un peu comme cette entreprise française que l’on ne connaît pas encore très bien au Québec. C’est devenu un vrai phénomène là-bas. Ça s’appelle : « C’est qui le Patron ?! »

C’est parti d’un constat assez simple. Selon leur site Web, « il est temps pour nous, les consommateurs, de créer les produits que nous souhaitons. Des produits bons, sains et responsables. Ça permet […] de le faire fabriquer comme nous le souhaitons et de le faire commercialiser au juste prix. »

Ça semble tellement simple! Mais, comme d’habitude, le diable est dans les détails.

Les consommateurs veulent de la transparence, ils veulent savoir ce qu’ils mangent, ce qu’ils boivent et ce qu’ils donnent à manger à leurs enfants. La méfiance envers les grands groupes industriels est élevée.

L’idée de « C’est qui le Patron ?! » est née suite à un scandale en France, où de la viande de cheval s’était retrouvée dans des lasagnes 100% bœuf en 2013… 100% bœuf, 100% bœuf! 100% BŒUF. Pas compliqué de faire la différence entre un bœuf et un cheval. Pour un gars qui s’appelle Poulain, je peux vous dire que je sais faire la différence depuis mes 4 ans.

Certains industriels devraient retourner sur les bancs d’école. À moins que ces erreurs-là soient commises pour réduire les coûts. Dans tous les cas, c’est pas fort.

La création de la marque « C’est qui le Patron ?! » soulève plusieurs enjeux de société. La méfiance des consommateurs envers les grands groupes industriels, mais aussi toute la traçabilité, les changements climatiques, le bien-être animal et la juste rémunération des producteurs.

On ne peut pas constamment critiquer les producteurs et les agriculteurs pour tous les maux de la planète. NOUS sommes aussi responsables de ce que nous mettons dans notre panier à l’épicerie. Vous n’avez pas le temps de lire les petits caractères en bas de la liste des ingrédients? « C’est qui le Patron ?! » vous aide à faire des choix avertis.

On parle ici de « consomm’acteur ». Sur le site de cette entreprise-là, la transparence est totale et le choix des prochains produits est soumis à un vote en ligne. Les critères du cahier des charges (ingrédients, fabrication, qualité, équité, etc.) seront choisis par les consommateurs.

Parmi ces critères : la rémunération des producteurs. Nous pouvons donc choisir de les payer correctement. Certains artisans vivent sous le seuil de la pauvreté. C’est inacceptable.

Travailler dans l’alimentation, ça veut dire faire de grands sacrifices. Pensons aux agriculteurs qui se lèvent au petit matin. Aux commis dans les épiceries qui gagnent le salaire minimum. Aux livreurs qui travaillent à – 15 degrés Celcius. Des exemples, ce n’est pas ça qui manque.

Prenons l’exemple de Jacques, qui produit de la confiture avec des fraises du Québec. Après avoir payé pour ses ingrédients, l’emballage et ses étiquettes, l’usine, l’entrepôt, le transport, le marketing et j’en passe, sa marge de profit est faible. En plus Jacques doit se battre avec des produits mexicains pas mal moins chers. Pas sûr qu’il réussit souvent à se payer des vacances dans le Sud.

Est-ce que c’est normal qu’il travaille et qu’il vive sous le seuil de pauvreté? Non, ce n’est pas normal.

Est-ce que l’on fait le choix collectivement de lui donner dix sous de plus par pot pour qu’il gagne correctement sa vie? OUI.

Pourtant, si on payait tous 5 cents de plus pour notre pot de confiture, Jacques arriverait sans doute à mieux dormir la nuit.

C’est pour ça que « C’est qui le Patron ?! » est intéressant. Parce que ça fait en sorte que Jacques arrive à payer son épicerie.

La demande vient des consommateurs, ils choisissent eux-mêmes ce qu’ils veulent, et en plus, ils apprennent combien ça coûte vraiment de manger ce qu’ils aiment.

Alors quand Céline nous dit : « c’est moé le boss », elle a raison. C’est elle le boss. Et dans le fond, c’est vous aussi.

Photo Crédit : L'Oréal Paris/Denise Truscello

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