Comment flatter son commis dans le sens du kiwi

Par : Louis le commis
Publié : il y a 2 semaines

J'ai horreur qu'on malmène mes pyramides d'agrumes. Un vortex de déplaisir m'aspire lorsqu'on taponne toutes mes laitues sans en choisir une. Et si jamais j'attrape celui qui ronge mes dattes en vrac en catimini pour cacher les noyaux partout; j'invoque satan. Je suis commis d'épicerie. On ne rigole pas avec la nourriture.

Les manipulations hasardeuses irritent le commis rigoureux. Cependant, placer, trier, remplir et recommencer font partie de la job. Tous les commis vous le dirons, au-delà de l'apparence des étalages se terre un mal plus pernicieux : le dénigrement verbal d'un aliment. Le désordre m'exaspère, mais cette violence, cet usage des mots me pique au vif. Prenez garde. Le commis d'épicerie ne place pas que des légumes; il entend tout.

Violence verbale

Ne me dites plus; « tout est cher en février tabarnak ». Allez-y plutôt d'un positif; « profitons des aubaines sur ce somptueux navet ».

« Caline, les tomates sont pas achetables », lancé à votre épouse deviendra; « attends la saison estivale pour ces solanacées chérie et popotons plutôt un gratin de patates douces, panais et betteraves ».

Des mots doux

Si de mauvais mots induisent en moi la colère du commis, l'inverse est tout aussi vrai. Osez une recette; boureki ou moussaka. Jouer des mots, c'est garnir sa cuisine. De grâce, impressionnez moi. Le bon mot, c'est comme un bon repas. Sa lumière égaie l'imagination et motive la papille gustative avant même d'avoir dégainé son portefeuille. Vous dites bigarades, litchis et noix de coco? Chef! Vous pour qui rabiole et rutabaga ne sont pas le même légume racine : Bravo. Molto bene.

Le pouvoir des mots irradie, mon cœur de commis se réchauffe. Car oui, je passe la moitié de mon shift dans une chambre froide. J'érige des polygones de fruits certes, mais je suis sensible à la prose des rayons. Je dédaigne les manipulations futiles de mes zucchinis d'accord, mais les mots, VOS mots, égaient ma journée payée au salaire minimum. Chers amis, merci pour chaque merci.

En terminant, si vous attendiez, pour accumuler des provisions; le moment où le prix des fruits et légumes va monter sans relâche jusqu'en mai, c'est commencé depuis décembre.

À propos de Louis le commis

Anthropologue amateur du commerce au détail, flexivore et un brin poète, le commis d'épicerie ose comparer les pommes et les oranges.

Recevez les nouvelles recettes chaque semaine