Emballe-moi le sac

Par : Louis le commis
Publié : il y a 6 mois

Cinq avocats durs comme des roches se cachent dans un sac transparent. À la caisse, la personne demande un autre sac. Un sac opaque à cinq sous pour envelopper le premier. Grâce au second sac, personne ne saura que tu «double-emballe» des avocats. Erreur. Je suis commis d'épicerie et je t'ai vu.

Le suremballage écorche mon cœur de commis. La nature a créé de si beaux emballages biodégradables, appelés pelures. Pourquoi prendre un sac pour chaque fruit différent alors qu'un seul conviendrait pour la batch? Presque tous les jours, une dame achète environ dix grammes de beurre de pinotte en vrac. Elle emporte le tout dans un pot de plastique, le genre qu'on fournit pour nos clients «distraits». À ce rythme là, j'ai envie de lui dire d'amener direct ses toasts.

Ensache, mais ensache égal

L'objectif n'est pas de se prévoir un tupperware au restaurant juste au cas, mais de faire un peu plus attention. Je me flagelle chaque fois que je place des barquettes de clémentines épluchées. On déshabille l'agrume de sa peau pour le sacrer dans un casseau de plastique. C'est le paroxysme du gaspillage. L'autre, c'est un produit français; les betteraves cuites emballées sous-vide. La betterave foisonne dans nos champs. La bette du Québec, on en vend tous les jours de l'année. J'exagère à peine en disant qu'elle remplacerait fièrement la fleur de lys sur notre drapeau. Est-il nécessaire de se faire shipper de la bette d'outre-atlantique?

Les sacs d'épicerie devraient coûter deux piasses, pas cinq sous. Avant de vous le passer, le caissier dirait: «Bonjour, souhaitez-vous faire un don à l'océan de plastique en plus de vos achats»?

J'ai vu à la télé que le lait de mammifères marins contient du plastique. Des mamans baleines intoxiquent leurs bébés. Si j'étais premier ministre du monde entier, je dirais haut et fort: «slaquez sur le plastique guys, l'océan pacifique a pas demandé la guerre».

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Un pouvoir magique

Si je choisissais le pouvoir magique du parfait commis, je rendrais biodégradables tous les plastiques. J'hésite aussi avec le sortilège pour changer le vert en jaune sur les bananes. Le commis rigoureux sait qu'un client apprécie sa banane mûre. Si le présentoir est vert, inutile de me le faire remarquer. Surtout, NON, on a pas gardé de bananes mûres dans le backstore.

En terminant, ça prendra le temps qu'il faudra, mais je vais finir par retrouver celui ou celle qui a laissé un paquet de jambon frais trainer au milieu des sacs de chips.

À propos de Louis le commis

Anthropologue amateur du commerce au détail, flexivore et un brin poète, le commis d'épicerie ose comparer les pommes et les oranges.

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